21.04.2008
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12.03.2008
Dame P.
(Les placards sont-ils tous ressemblants ?)
Elle porte le visage de l’oubli. Certains lui donnent celui de l’indifférence. Calée sur une chaise en plastique, les jambes allongées sur un tabouret au milieu d’une montagne de sacs féminins, elle s’endort dans les vibrations qui font trembler les murs, au milieu des filles qui se contemplent, trois ou quatre visages, expressions, dans le miroir – postures lascives en essai devant la glace. Maquillage, coiffure, elles discutent hommes et chiffons, se rhabillent, s’épongent le front d’avoir tant dansé.
De l’affluence dans une pièce de la taille d’un placard. Lorsque l’attente se fait longue, elle sort une petite clé qui ouvre de ces pièces cadenassées qui donnent l’envie d’être ouvertes. L’eau commence à inonder le sol glissant, patinoire pour demoiselles. La musique exceptée ; cocon de fortune, hors du mouvement grégaire de la foule, masse dansante. Défilé de femmes- enfants et de prostituées, peu différentiables les unes des autres. Le monde de la nuit est un huit clos où les paramètres dévient, critères occidentaux, lointains du timide jour traditionnel bien réglé.
La grosse femme regarde les corps et les visages faire escale quelques minutes dans l’îlot féminin. Enveloppée dans son longyi comme dans une couverture, le poids de son corps contre le mur. A ses pieds, des tongues en pierres précieuses, pacotilles en équilibre sur quelques caisses.
L’affiche « Ladies » sponsorisée par « Star Deodorant » se décolle sur la porte ? Des corps semblent s’être jetés ou roulés sur les murs aux traînées noires, euphorie déliquescente des nuits précédentes. Des fourmis montent et descendent en ligne sur le contreplaqué.
Une blonde décolorée a le visage peint d’une poupée de collection : overdose de fond de teint, paupières bleu clair, la bouche en cœur, excès de rose et de mièvrerie. La vieille dame ne s’étonne plus. Elle est là sans l’être, marraine fée endormie, vautrée derrière la porte.
Vomi dans l’évier bouché. La nuit se promet d’être encore longue.
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03.03.2008
Du bruit dans la rue
Du bruit dans la rue, le son nous fait lever la tête vers le grand écran. Il capte les regards des passants. Des publicités en chanson, mal cadrées, le sourire aux lèvres, l’humour à la birmane, créent un attroupement sur le trottoir. Ils attendent, là où nul bus ne passera. Guettent-ils une chanson, un instant ou passent-ils le temps ? De l’autre côté de la rue, des pancartes immenses vantent telles ou telles qualités d’un produit, dans le quartier où les riches et nouveaux riches font leurs emplettes : Dagon center. Il y a eu des bombes ici aussi il y a trois ans. Quatre dans les dix derniers jours, éparpillées en Birmanie. Le gouvernement soupçonne les minorités et le peuple sait que le gouvernement les a posées : n’ont-ils pas trouvé d’autres moyens de justifier la répression ? Contre tout fantasme européen, les militaires sont peu visibles. Ils jouent la carte de la présence-absence. Ils revêtent les habits du peuple. N’est-il pas mieux de devenir l’autre ou du moins d’y jouer pour connaître et surveiller ? Le Général « is watching you ». Le paysage des rues oscille entre hyperactivité et calme. Ils sont souvent dehors. Ils regardent ceux qui passent et ne s’arrêtent pas. Ils scrutent ceux qui ce sont arrêtés des minutes et des heures dehors. Ils chantent souvent, bien plus que nous. Ils parlent, discutent, racontent beaucoup et bien plus qu’ils ne savent. La rumeur est le véhicule de l’information. Du bruit dans la rue, la dernière histoire de la voisine semble avoir la même importance que la dernière nouvelle du front dans la lutte contre les groupes rebelles à la frontière. Excessifs, gentils, accueillants, pourtant la grande ville n’a rien de comparable avec la province. Rangoun n’est pas la Birmanie et n’y ressemble que vaguement. Les pagodes sont là, le marché à la lueur des bougies, à même le sol, les rues de terre rougeoyantes, les coins et recoins, les mêmes peuples des quatre coins du pays, mais rien à y faire. Le silence en moins, « la part laissée au ciel » mais la part laissé aux cieux surtout. On bafouille et esquisse quelques signes en passant devant la Pagode, un triangle d’or, massif, chatouillant les nuages. Et le bus passe emportant dans sa fumée noire les prières pour d’autres vies puisque la Fatalité régit les nôtres. Notre Karma, le cycle du Samsâra et toutes nos fautes dans nos vies antérieures. Nous ne jouons que peu, tout est dicté. Le « pourquoi je suis là » n’a pas de sens. Les questions paraissent, alors continuons. L’abandon n’a pas de place.
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